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Le disque compact en tant que mythe par J.D. Michalak

Aspects du disque compact:

La surface du CD et son esthétique
La surface inférieure du CD est lisse, luisante, elle fait figure de miroir car on peut s’y voir relativement bien, mais, surtout, elle produit de jolies traînées de couleurs spectrales, tel un arc-en-ciel, lorsqu’elle est placée devant une source lumineuse, comme s’il s’agissait d’un prisme, un cristal ; voire un diamant. Le diamant possède des qualités bien particulières qui lui donnent la valeur qu’on lui connaît. Ironiquement, c’est plutôt dans le processus de lecture des disques vinyles que les caractéristiques du diamant sont réellement mises à profit, les têtes de lecture étant le plus souvent faites de diamant. Seulement dans le cas du vinyle, on ne voit pas la pointe de diamant, et il est donc plus facile de la dissocier du son. Évidemment, l’aspect miroitant du CD n’est pas tant une esthétique préméditée qu’une nécessité technique : le laser a besoin d’une surface qui reflète le mieux possible afin de lire les données. Mais le problème survient lorsqu’une correspondance est effectuée entre l’apparence claire du CD et le son qu’il est là, à l’origine, pour desservir uniquement. On voit mieux maintenant avec les CD-R, que tous ceux qui sont équipés d’un ordinateur récent peuvent produire ; que le médium dépend d’un son de source de qualité, et qu’en lui-même, le CD ne génère aucunement cette clarté qu’on lui suppose pourtant d’un simple coup d’œil. Alors qu’on ne devrait idéalement juger qu’au son lui-même, le CD nous parle inconsciemment de clarté de par ses reflets lumineux mystiques. Notre opinion n’aurait-elle pas été quelque peu différente si les vinyles étaient tous clairs et transparents par défaut, et les CD noir mat? Bien que ce soient là des nécessités à la base, elles permutent malgré tout notre perception du son qui en lui-même n’a rien à voir avec l’apparence physique de son médium.
Technologie numérique
Il est tout de même fascinant qu’on puisse arriver à un produit aussi achevé dans son esthétique à partir d’une technologie binaire. Il est assez aisé d’oublier avec les CD qu’il s’agit de «1» et de «0» tels qu’ils pourraient êtres contenus dans un vieil ordinateur avec écran monochrome, à condition qu’il ait un disque dur de 650 Mo. On peut s’efforcer de voir les sillons sur la surface d’un CD, mais on ne peut percevoir qu’une vue d’ensemble de ceux-ci, car ils sont microscopiques. Une distance est alors créée entre celui qui contemple (et qui tantôt écoutera), et les données qui sont cachées là, inaccessibles, lointaines. On n’a pas ce sentiment avec le vinyle, parce que le sillon est le sillon, et si microscopique puisse-t-il être lui aussi, on sait qu’il a été gravé par une pointe, mécaniquement. Avec le CD, la différence est que quelque chose est contenu, le sillon ne se suffit pas, il donne la voie au laser pour que ce dernier puisse extraire, minerai sublime, les données numériques. Comme s’il y avait une Idée, au sens platonique du terme, derrière le CD, et que ce dernier en était le médium. La table tournante, elle, peut-être simplifiée jusqu’à en devenir un jouet pour enfant car elle est mécanique. Mais le CD est numérique, à jamais impalpable, idéel et métaphysique. Il requiert la conscience, la lumière ; le laser, moyen que jamais on ne pourrait vulgariser, et qui donc doit être supérieur, du moins est-ce ce qu’on pourrait croire.
Taille et forme
En technologie numérique, on est censé réduire la taille à mesure que l’on améliore. Ces deux propositions, miniaturisation et amélioration, semblent, selon la logique d’un certain paradigme technocratique actuel, aller de pair. On voit aujourd’hui des ordinateurs portables qui sont beaucoup plus puissants et plus petits que ceux d’il y a cinq ans, mais qui ne sont pas forcément plus performants que les modèles de bureau qui paraissent en même temps. L’avancement technologique et la réduction sont deux choses distinctes, même si on peut avoir tendance à les confondre. C’est une fois l’avancement technologique réalisé qu’on peut ensuite minimaliser. Mais on peut très bien réduire sans améliorer, voire empirer: pour rester dans le domaine du son, c’est ce que les cassettes ont fait, et le CD en est donc bel et bien la continuité. Cette continuité est toutefois masquée par le changement de format, de la cassette au disque. Si les cassettes numériques dites DAT avaient été mises sur le marché avant le CD par Sony, il y a fort à croire qu’elle n’aurait pas eu un grand succès– de même qu’elles sont restées pratiquement inconnues du grand public depuis leur mise en marché dans les années 80. Et cela, entre autres, parce qu’on a appris inconsciemment à reconnaître la forme d’une cassette comme synonyme de qualité moindre, alors qu’au fond, la forme du médium n’a, a priori, absolument rien à voir avec la qualité du son.

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